samedi 19 janvier 2013

S'écrouler sur une chaise entre deux morceaux entrainants et balayer la salle du regard. Vivre ce moment comme dans un film où tout se passe au ralenti. Constater que la plupart des gens présents n'était pas dans notre vie douze mois auparavant.
Trouver cela à la fois angoissant, et excitant.

Faire preuve de paresse. Considérer la bulle suffisante.
Arrêter de penser, d'analyser. Poser ma tête sur cette épaule volée.

Repartir danser.


dimanche 6 janvier 2013

Une madeleine parmi des milliers


Les gaufres à la bière évoquent le bonheur parfait de l'enfance. De leur confection après le repas du dimanche midi, à leur partage à 15h en famille, autour de la table de la salle à manger. Les grands yeux de mon cousin qui n'était jamais convaincu d'en avoir assez. Les blagues de mon oncle qui faisant semblant de voler le plat et le cachait sous la table. Et l'odeur si caractéristique qui emplissait la maison.
Le café frais. Les jus de fruits pour les plus jeunes. Sucre, Nutella, confiture.
Sucre évidemment. Réparti avec minutie dans chaque alvéole. Par gourmandise mais surtout par générosité. N'en oublier aucune. Pour que personne ne se sente délaissé.

Les gaufres à la bière du dimanche après-midi. Le temps suspendu. Un rituel rassurant. L'image d'un doux délice.
Les gaufres ou les liens familiaux.

Et hier, cette odeur caractéristique de ma vie française qui flottait autour de nous.
Simplicité de l'enfance retrouvée.
Plaisir partagé.

jeudi 3 janvier 2013

Certains auteurs ont su me faire rêver, grandir, ou encore réfléchir. Quelques-uns m'ont ouvert les yeux à d'autres façons de penser et de concevoir le monde. Nombre d'entre eux m'ont fait pleurer. Un petit groupe m'a grandement agacée. La plupart m'a tenue éveillée jusque tard dans la nuit, cachée sous les couvertes durant l'enfance, confortablement installée contre les oreillers à l'âge adulte. Je ne compte plus les soupirs prononcés ou les rires envolés. J'ai navigué sur leurs flots de phrases gourmandes et alléchantes, jusqu'à me noyer par instant, emportée vers des pays aux noms enchanteurs, vers des temps oubliés.

Aucun n'aura pourtant su résonner en moi comme le fait Philippe Delerm, vers qui je reviens inlassablement et avec délice.
Il y a chez Delerm cette recherche constante du bonheur, et cette acceptation presque joyeuse de la mélancolie sous-jacente qui l'accompagne.

Cette idée qu'être mélancolique n'est pas un obstacle à la vie.

lundi 31 décembre 2012

L'esprit d'enfance


[...]
   Garder l'esprit d'enfance n'est pas seulement un privilège. C'est aussi une blessure. Se rappeler toujours qu'on a vécu plus fort avant, c'est accepter d'emblée que la vie soit une défaite. La plupart des gens le conçoivent à l'approche de la vieillesse. Martine et moi le pensions à vingt ans, ce qui est plus singulier, je crois.

(Philippe Delerm, Écrire est une enfance, Albin Michel, 2011)

L'amour silence

   
   Amoureux. C'est le premier rendez-vous avec les mots qui manquent. [...]
Dès les premiers instants où nos regards se croisent ainsi, nous savons que nous creusons l'impossibilité de nous rencontrer davantage. Jamais un sourire. Une longue interrogation plutôt, et l'idée partagée qu'il s'agit là d'une rencontre absolue et condamnée. Par orgueil peut-être. Lequel de nous deux pourrait parler après un tel silence?
   Au fil des jours, un renoncement devrait succéder à ce questionnement sans avenir. Mais non. Nous avons besoin d'avancer indéfiniment dans ce mystère-là, qui ne nous promet rien, et nous éloigne. Plus il y a ces regards, et plus les mots deviendraient dérisoires. [...]
   L'amour silence. Je ne fais que découvrir ce pays attirant et douloureux où je vais vivre longtemps. [...]

   Je suis écrivain, là, dans ces phrases que je n'ai pas su prononcer. Non parce que j'ai traversé quelques années l'amour silence, mais parce que ma réponse aura été l'écriture. C'est tellement fort d'être amoureux ainsi. Ensuite... L'écriture est toujours la traduction d'un manque, d'une fêlure, une façon de déplacer les atomes de la réalité. Parmi ces manques, l'amour silence reste une douleur déterminante. Être sûr à la fois que la rencontre qui changerait tout est là, mais qu'elle ne se fera pas en raison même de sa perfection, c'est sentir vraiment le pouvoir des mots, avec la mélancolie de se dire qu'ils viennent toujours trop tard. Plus tard, j'oserai des phrases maladroites, je rencontrerai d'autres filles et rien ne sera parfait. Mais je n'en tirerai pas la conclusion que les absences de rencontre de l'amour silence eussent été pareillement bancales. Celles-là sont à tout jamais parfaites, puisqu'elles n'ont pas connu les mots ratés. Il y a donc des mots à réussir. Des mots que le trop tard invente. Des mots d'amour silence.

(Philippe Delerm, Écrire est une enfance, Albin Michel, 2011)

samedi 15 décembre 2012

Aujourd'hui, en flânant dans les allées de la petite bouquinerie proche du cinéma, je suis tombée sur un nouveau Delerm.
J'ai pensé à ce matin où nous remontions ta rue jusqu'à Mont-Royal. Le temps était si beau. Nous avions quitté l'ombre pour marcher sur le trottoir au soleil.
Plus tard, dans la soirée, tu m'as dit: "Tu es le soleil de ma semaine; quel que soit le trottoir".
Et j'ai soupiré.

Depuis ce jour, je marche le plus souvent du côté du soleil. Avec mon ombre qui me suit.
Et ton absence me semble un peu moins grande.

dimanche 9 décembre 2012

Je sais...

Que nos chemins ne se sont pas croisés par hasard.
Que tu es le soleil de mon hiver, comme tu as été la fraîcheur de mon été.
Que les heures passées près de toi s'étirent délicieusement.
Que la musique de notre amitié jouera longtemps encore.
Que la vie peut-être réellement faite de rires, de complicité, de sincérité et de bonheurs simples.

Et que j'aime ce sentiment plus que tout.